Marine Le Pen (c), candidate du RN à la présidentielle, lors d'un rassemblement marquant le lancement de sa campagne, le 25 octobre 2026 à Orléans, dans le Loiret ( AFP / Alain JOCARD )
Elle s'érige en rempart de la République, prétend s'élever tel un "oiseau" au-dessus des partis : pour accéder à l'Elysée, Marine Le Pen peaufine son image comme elle lisse son discours. Et laisse à d'autres, Jordan Bardella le premier, les attaques frontales et les diatribes clivantes.
Une affiche vaut mille mots. Celle que le Rassemblement national s'apprête à placarder dans tout le pays, et à distribuer sous forme de tracts imprimés à des millions d'exemplaires, résume toute la stratégie de sa quadruple candidate.
Un portrait de trois quarts, le regard levé hors-cadre, et le buste barré du slogan "avec Marine, défendons la République".
Dix jours après le chaos du 17 octobre, le message se veut limpide : entre le "laxisme" d'un pouvoir macroniste en voie "d'effondrement" et la "bordélisation" provoquée par "l'action conjuguée de l'extrême gauche et des racailles", il n'y aurait plus "que l'union des nationaux pour défendre les institutions", explique un cadre de l'équipe de campagne de Marine Le Pen.
Autrement dit, la République c'est elle. Mais sans la véhémence de Jean-Luc Mélenchon, plutôt avec l'autoproclamé "calme des vieilles troupes" d'une ex-paria devenue centrale. Au point de reprendre à son compte le nom du parti présidentiel, pour faire de la "renaissance" le fil rouge de sa campagne.
Symbole désormais doublé d'un logo, figurant un soleil levant sur une ligne bleu-blanc-rouge. Une lumière à l'horizon, pour mieux éclipser la formation homonyme de son autre rival Edouard Philippe ?
Marine Le Pen (c), candidate du RN à la présidentielle, le président du RN, Jordan Bardella (d) et Éric Ciotti (g) de l’UDR, à l'issue d'un rassemblement marquant le lancement de sa campagne, le 25 octobre 2026 à Orléans, dans le Loiret ( AFP / Alain JOCARD )
Toute à sa volonté revendiquée "d'insuffler de l'optimisme" à un pays en crise, la cheffe de file de l'extrême droite française ne s'épanche plus sur la face sombre de l'actualité. Pour s'en extirper, elle promet "l'élévation vers le beau, le vrai, le juste".
Déjà perchée au sommet des sondages, Marine Le Pen prétend planer par delà les clivages partisans. Pour son premier meeting à Orléans, elle a osé ce proverbe indien: "Je ne suis ni l'aile droite ni l'aile gauche, je suis l'oiseau".
"Mains dans le cambouis"
Pendant qu'elle déploie ses propositions, ses faucons se chargent des coups de griffes. Promis à Matignon en cas de victoire, Jordan Bardella n'a pas de mots assez durs contre "la faillite sécuritaire de l'Etat" face aux "casseurs d'ultragauche" et aux "pilleurs de banlieue".
Jordan Bardella, président du RN, lors d'un rassemblement marquant le lancement de la campagne de Marine Le Pen, le 25 octobre 2026 à Orléans, dans le Loiret ( AFP / Alain JOCARD )
"Tu touches à un policier, tu dors en prison", lance-t-il sous les vivats de ses militants, qui l'acclament encore quand il jure de "suspendre les allocations aux familles de mineurs récidivistes", mais aussi d'imposer "le vouvoiement" et l'uniforme à l'école.
Le président du RN, lui, évoque l'attentat de Trappes, fustigeant la "barbarie" du tireur, dont il souhaite qu'il "entre en prison sans possibilité d'en ressortir un jour".
L'allié Eric Ciotti renchérit en décrivant "un pays fracturé, divisé, déclassé" et en faisant huer la "coalition de la honte", des Insoumis aux Républicains, qu'il tient responsable de cet "abîme national".
Rien de contradictoire pourtant, selon l'entourage de la candidate, qui y voit "une répartition des rôles conforme aux institutions". Avec d'un côté Marine Le Pen "dans la grande vision de sa présidence" et de l'autre Jordan Bardella et Éric Ciotti "dans la gestion du quotidien".
En particulier l'aspirant Premier ministre, par définition "là pour mettre les mains dans le cambouis".
Quitte à prendre des positions plus restrictives que sa patronne. Par exemple quand il s'engage à "faire respecter l'interdiction des téléphones portables" jusqu'au lycée, pour le bien d'une jeunesse "prise en otage par les écrans".
Alors que Marine Le Pen fait l'éloge des réseaux sociaux, dans lesquels elle voit "l'équivalent de l'imprimerie" qui, à la Renaissance, "libéra la parole et le savoir". Même s'il s'agit davantage aujourd'hui de "contourner le prêt-à-penser de gauche", elle l'assure: "Cette vague de renouveau, nous n'allons pas la laisser passer".

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